Françaises, Français,
Vous vous apprêtez à porter au pouvoir le candidat sortant. Vous allez faire comme on vous a dit de faire : vous allez voter massivement pour Sarkozy, l'ordre moral et la normalisation.
Vous allez plébisciter l'homme de main des puissants. Et, parce que vous le valez bien, vous allez décider d'ignorer la réalité : les insultes, les attaques, les mensonges, les stigmatisations, les divisions et tout ce qui fonde la stratégie de conservation du pouvoir de la droite la plus bête du monde.
"Grâce" à vous, nous en reprenons pour cinq ans. Cinq ans de Fillon, de Douste-Blazy, de Raffarin, de Sarkozy... Franchement, merci les gars.
Vous aviez pourtant une formidable opportunité de changer la France. Elire une femme, porter un projet qui criait : " Justice ! Solidarité ! Liberté ". Mais la liberté n'est pas à la mode, la femme non plus d'ailleurs. Vous préférez le repli sur soi à l'ouverture aux autres, l'arrogance à la vérité, l'intolérance à la compréhension...
Fiers de voter pour un nain qui ne sait même pas parler anglais, vous avez rejeté la gauche car on vous a rabâché qu'elle était laxiste et incompétente. Vous avez accepté sans broncher le foin audiovisuel que les grands médias avaient préparé pour vous, bétail consentant de la régression de notre pays.
Après avoir voté à plus de 82 % contre Le Pen en 2002, vous avez choisi le candidat de l'immigration, de l'insécurité et des impôts... Après avoir voté à 55 % contre l'Europe libérale, vous choisissez un président ultralibéral. Allez comprendre... Ce doit être le gène du crétinisme.
La crise des banlieues ne vous a pas suffi. Le désir de justice exprimé par la jeunesse face au gouvernement Villepin lors de la lutte contre le CPE, vous l'avez ignoré. Vous bradez en l'espace d'un instant les conquêtes sociales pour lesquelles les Français se sont battus pendant plus de deux siècles. Beau travail.
Fascinés par l'ambition d'un seul homme pour le pouvoir, vous l'avez suivi comme des moutons bien dociles que vous êtes. Grâce à vous, on ne peut plus parler politique sans avoir l'impression d'assister à un meeting lepéniste des années 1980. Droitisés, lepénifiés, vous êtes fin prêts à recevoir votre punition. Car chaque acte, chaque parole a des conséquences. Sarko au pouvoir, c'est ça la réalité que vous avez choisie pour nous.
Devant l'évidence, vous avez choisi de baisser votre culotte. Vous savez que nous manquons d'immigrés, mais vous préférez croire celui qui dit qu'il y en a trop. Vous vous plaignez du déclin des services publics, mais vous préférez croire que baisser les impôts des plus riches est une priorité. Vous vouliez le changement, mais vous votez pour ceux qui ont donné toutes les preuves de leur inefficacité et de leur démagogie.
On vous a pourtant dit que vous ne bénéficierez pas de la suppression de fait de l'ISF, des droits de succession et autres cadeaux faits aux plus puissants avec notre argent. On vous a prévenus que la TVA "sociale" pénaliserait encore plus votre pouvoir d'achat... On a bien essayé de vous expliquer la manipulation idéologique que constituait le " travailler plus pour gagner plus "... On a tout fait pour vous convaincre de prendre la peine de réfléchir un peu à la situation de notre pays. On vous a répété qu'on ne pouvait réformer à partir de slogans, qu'il fallait associer tout le monde pour rendre la France meilleure. Et l'environnement ? Il peut attendre : baissons d'abord les impôts.
Sourds, aveugles, muets : vous nous avez mis dans de beaux draps. Nous qui avons tout fait pour porter le débat sur des vraies questions, nous ne sommes pas parvenus à vous éloigner des épouvantails brandis par la Sarkozye. Maintenant, vous les aurez vos heures sup', vous les aurez vos charters, vous les aurez vos flics à tous les coins de rue, vos franchises hospitalières, votre retraite à 67 ans... Mais à quel prix ! Vous avez tout simplement choisi d'envoyer le modèle social français au cimetière. Et l'humanisme qui nous caractérisait depuis 1789 ? A la poubelle.
On a les dirigeants qu'on mérite, comme dirait l'autre. L'Italie avait Silvio Berlusconi, l'Espagne avait José Maria Aznar, l'Autriche Jörg Haider, les Etats-Unis ont George W. Bush... Nous nous sommes bien foutus de leur gueule. Et voilà que nous avons Nicolas Sarkozy... Que ne va-t-on pas entendre sur la France donneuse de leçons ! Normalisation, normalisation...
Bien sûr, la France ne va pas devenir le 53ème Etat des USA. Nous allons simplement entrer dans le rang et devenir cette nation de second rang que la droite prédigère pour qu'elle soit mieux engloutie dans la mondialisation.
Peuple décadent, qui a renoncé à se battre, vous avez choisi pour nous la soumission docile à l'ordre. L'égoïsme fiscal et la peur de l'autre ont eu raison des années d'éducation gratuite que l'Etat vous a apportées. Nos parents et grands-parents voulaient que nous soyons un grand peuple, mais vous nous avez réduits à l'état de troupeau, sujets cocus du pouvoir en place.
Il parraît que critiquer le choix souverain du peuple n'est pas démocratique. Encore faut-il parler de "choix souverain" et de "peuple". Or, ce que nous avons-là n'est ni un "peuple", ni un "choix souverain" : c'est une coalition d'individualismes piégés par la propagande populiste martelée depuis cinq ans.
"Grâce" à votre couardise, nous allons nous enfoncer encore un peu plus dans le marasme économique et social, les ténèbres obscurantistes de l'idéologie des puissants et les abîmes du renoncement. Braves toutous... Préparez-vous à souffrir.
Et que je n'en entende pas un regretter d'avoir voté Sarkozy : vous l'avez bien cherché. Maintenant, il faut assumer.
Les actuelles opérations de maintenance entraînent des problèmes de mise en page. La compagnie s'engage à résoudre ces désagréments "à terme", comme on dit à l'ENA.
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